Léviathan, fin explosive d’un terroriste

Que ce soit grâce à une fin explosive, une histoire à couper le souffle ou tout simplement grâce à une écriture différente ou maîtrisée, certains livres nous marquent mais toujours de manière différente. Le Léviathan de Paul Auster, que j’ai lu il y a environ deux semaines, rentre plutôt dans la troisième catégorie. Ce fut mon premier Paul Auster et je dois dire que sa plume ne m’a pas laissée indifférente.

Léviathan n’est pas un roman où le début et la fin de l’histoire importent mais plutôt un roman qui nous ouvre les yeux sur la manière dont des événements, en apparence anodins, peuvent faire basculer une vie, un destin. Dés le départ, on sait (à peu près) où se termine l’histoire et où elle commence, l’intérêt se trouve principalement sur ce qu’il y a entre les deux.

Le Rat de Librairie_Léviathan_Paul Auster_2013

Le narrateur, Peter Aaron, est un écrivain qui, en lisant le journal, apprend la fin tragique et « explosive » de son ami, Benjamin Sachs, lui aussi écrivain et accidentellement mort alors qu’il fabriquait une bombe artisanale à côté de sa voiture. Loin d’être étonné, Peter attend surtout la venue du FBI qui, d’un moment à l’autre, viendra l’interroger sur la mort de Sachs. A partir de ce moment, Peter décide de raconter l’histoire de son ami dans un livre en espérant pouvoir le finir avant que l’enquête ne se termine et que la conclusion soit publiée.

« L’histoire que j’ai à raconter est assez compliquée, et si je ne la termine pas avant que ces gens-là n’arrivent avec leur réponse, les mots que je m’apprête à écrire n’auront aucun sens. Aussitôt que le secret sera découvert, toutes sortes de mensonges auront cours, des versions déformées et malveillantes des faits circuleront dans les journaux et les magazines, et en quelques jours la réputation d’un homme sera ruinée. Ce n’est pas que je veuille excuser ses actes, mais puisqu’il n’est plus là pour se défendre lui-même, le moins que je puisse faire est d’expliquer ce qu’il était et de présenter dans leur vérité les événements qui l’ont amené sur cette route du nord du Wisconsin. »

Comme tout roman construit sur le principe de la narration, le roman commence par la fin, continue avec la première rencontre des deux protagonistes puis avec des allers-retours entre le passé et le présent pour reconstruire et comprendre  l’histoire de Sachs, connaître les raisons de ses actes, de son destin. Peter nous embarque alors dans ses souvenirs, nous décrit les rencontres qu’il a effectuées par le biais de son ami devenu plus tard un terroriste. Le contexte politique actuel a quelque peu élevé mes attentes, comme si je m’attendais à comprendre (ou plutôt à essayer de comprendre) ce qui pousse un homme à se tourner vers le terrorisme. Mes attentes, un peu exagérées, m’ont toutefois permis d’être très enthousiaste dès le début et tout le long du livre.

J’avais hâte de découvrir le personnage de Sachs et je n’ai pas été trop déçue. Sachs est complexe comme on peu s’y attendre, torturé mais parfois drôle. Son imagination débordante le pousse à relier des faits anodins à des événements historiques, comme si tout cela était réel, vérifié. Né le 6 août 1945, jour du premier bombardement nucléaire de l’Histoire à Hiroshima, il prétendait être venu au monde au moment même où l’Enola Gray lâchait Fat Man, la bombe. Il se désignait lui-même comme « le premier bébé Hiroshima d’Amérique », « l’authentique enfant de la bombe » ou encore comme « le premier Blanc venu au monde à l’âge nucléaire ».

« Il excellait à transformer les faits en métaphores, et comme il se trouvait toujours abondance de faits à sa disposition, il pouvait vous bombarder d’une réserve infinie de coïncidences historiques étranges, accouplant les gens et les événements les plus distants les uns des autres. »

Le voyage dans les souvenirs de Peter nous lève le voile sur un certain nombre de personnages et d’événements qui sont, d’une certaine manière, tous reliés. A chaque page, on se demande « où veut-il en venir ? », on a hâte de le découvrir et c’est en cela que le livre est intrigant et motivant.

A travers Peter, son narrateur, Paul Auster semble nous dire « attention, vous allez connaître une histoire incroyable, attendez la fin, vous ne serez pas déçu ». Or, je l’ai été. A le lire, on s’attend à quelque chose d’incroyable, à une fin aussi explosive que celle de Benjamin Sachs. Soit je n’ai rien compris, soit c’est un peu exagéré. Les derniers mots m’ont laissée sur ma faim et pourtant, le livre est bien écrit, l’histoire bien ficelée, la narration intéressante. Ces points forts me donnent envie de lire d’autres livres d’Auster, en espérant que leurs fins me touchent un peu plus.

Pour conclure, Léviathan est une très bonne lecture, Paul Auster possède une bonne plume mais il manque un je ne sais quoi qui aurait pu faire rentrer le roman dans ma liste des coups de coeur. Je vous le conseille tout de même car l’auteur comme le roman sont à découvrir. Et qui sait ? Peut-être que vous comprendrez mieux que moi la fin de Léviathan.

Ce que dit la 4e de couv :

Prix Médicis étranger 1993, le Léviathan de Paul Auster met en scène un écrivain, Ben Sachs, détourné du cours de son existence par la hantise du mal qui menace le monde en général et l’Amérique en particulier. Or il ne peut mener à terme le roman qu’il a entrepris – Léviathan – car l’action terroriste dans laquelle il s’est engagé se retourne contre lui. Peter Aaron, son ami, décide, pour prévenir les mensonges des enquêteurs, de reconstituer et d’écrire l’histoire de Sachs : s’ouvrent alors les pistes les plus étranges, apparaissent les personnages les plus curieux, qui tous, par le talent si singulier de Paul Auster, deviennent autant de figures du destin.

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