Lectures de l’été #9 – Une chambre à soi, Virginia Woolf

« Pourquoi les hommes boivent-ils du vin et les femmes de l’eau ? Pourquoi un sexe est-il si prospère et l’autre si pauvre ? Quel est l’effet de la pauvreté sur le roman ? Quelles sont les conditions nécessaires à la création des oeuvres d’art ? »

Toutes ces questions sont celles que se pose Virginia Woolf, femme de lettre née en Angleterre à l’époque victorienne, dans son essai Une chambre à soi, publié pour la première fois an 1929. Celui-ci est basé sur plusieurs conférences animées par Woolf à l’université de Cambridge, dans deux collèges réservés aux femmes. Dans cet essai, Woolf se penche sur la place des auteurs féminins dans la littérature et les raisons qui les ont empêchées d’accéder à l’éducation et à l’écriture.

Le choix de ce livre s’est fait un peu par hasard. Je ne connaissais Woolf que de nom et je ne savais pas du tout par quel roman commencer. Alors pourquoi ne pas prendre un essai ? Le thème d’Une chambre à soi me touche forcément et m’intéresse encore plus après avoir découvert Jane Austen il y a quelques mois et sa critique de la dépendance des femmes vis-à-vis des hommes.

Le Rat de Librairie_Une chambre à soi_Virginia Woolf_2013

« Les femmes n’écrivent pas de livres sur les hommes – c’est là un fait que je ne pus m’empêcher d’accueillir avec soulagement ; car s’il avait fallu lire d’abord tout ce que les hommes ont écrit sur les femmes, puis tout ce que les femmes ont écrit sur les hommes, l’aloès, qui fleurit une fois en cent ans, aurait fleuri deux fois avant que j’eusse pu mettre la main à la plume. »

A l’époque où Virginia Woolf a écrit cet essai, les femmes n’ont pas le droit d’entrer dans une bibliothèque, ne peuvent voyager seules et encore moins rêvasser à la terrasse d’un café. Une femme est une épouse, une mère, une maîtresse de maison, elle doit être accomplie et vif d’esprit mais en aucun cas une intellectuelle. La femme n’a surtout ni le temps ni les moyens financiers pour écrire et assurer son succès.

« Si une femme écrivait, elle devait le faire dans le salon commun. Et sans cesse on interrompait son travail – chose dont miss Nightingale devait se plaindre avec tant de véhémence : « Les femmes n’ont jamais une demi-heure dont elles puissent dire qu’elle leur appartienne. » Encore était-il plus facile d’écrire ainsi en prose et une oeuvre de fiction, que de composer un poème ou une pièce de théâtre. Le roman demande moins de concentration. » 

Woolf compare ensuite Jane Austen à Charlotte Brontë. La première, dit-elle, « écrivit sans haine, sans amertume, sans récriminations, sans verser dans le sermon » tandis que la seconde écrivit « dans la rage quand elle devait écrire dans le calme », « sottement quand elle devait écrire sagement ». Selon Woolf, Charlotte Brontë avait plus de génie que Jane Austen mais n’arrivait pas à le manifester. Qu’aurait été Charlotte Brontë si elle avait eu des moyens financiers et la même liberté qu’un homme ?

Une chambre à soi est un livre très intéressant qui selon moi, s’adresse autant aux femmes qu’aux hommes. Il nous permet de ne pas oublier la condition des femmes autrefois. Je ne me sens pas féministe au sens moderne du terme mais il m’est impossible de ne pas avoir d’admiration envers toutes les femmes qui, comme Virginia Woolf, se sont exprimées sur la condition des femmes et ont défendu nos droits.

Quand je dis que je ne suis pas féministe, je serais même tentée de dire que je suis contre la plupart des féministes. Pour ne citer que deux exemples, les Chiennes de garde excellent dans l’art de faire passer la femme pour une victime et les Femen vont à l’encontre des combats menés avant elles, simplement en manifestant seins à l’air (comme si une femme ne pouvait pas être entendue et écoutée en étant habillée). Sans parler de la violence des propos du premier groupe et la violence des actes du second.

En revanche, j’ai aimé prendre ce « petit bain » de féminisme avec l’essai de Woolf. D’une part, parce que l’époque est différente et d’autre part, parce qu’elle écrit avec ironie. Il n’y a ni victime, ni bourreau, et selon moi, c’est comme ça que doit être le féminisme : avancer, valoriser, changer mais jamais victimiser la femme ni blâmer les hommes.

« Toute cette opposition de sexe à sexe, de qualité à qualité, toute cette revendication de supériorité et cette imputation d’infériorité, appartiennent à la phase des écoles primaires de l’existence humaine, phase où il y a des « camps », et où il est nécessaire pour un camp de battre l’autre et de la plus haute importance de monter sur l’estrade et de recevoir des mains du directeur lui-même une coupe hautement artistique. A mesure que les gens avancent vers la maturité, ils cessent de croire aux camps et aux directeurs d’écoles ou aux coupes hautement artistiques. »

Lu dans le cadre du Challenge Victorien 2013.

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Ce que dit la 4e de couv :

Bravant les conventions avec une irritation voilée d’ironie, Virginia Wolf rappelle dans ce délicieux pamphlet comment, jusqu’à une époque toute récente, les femmes étaient savamment placées sous la dépendance spirituelle et économique des hommes et, nécessairement, réduites au silence. Il manquait à celles qui étaient douées pour affirmer leur génie de quoi vivre, du temps et une chambre à soi.

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2 réflexions sur “Lectures de l’été #9 – Une chambre à soi, Virginia Woolf

  1. J’adore Virginia Woolf et pourtant ce livre je ne réussis pas à la finir. Il est relativement court mais je l’ai mis de côté car il ne me motive pas. Je préfère largement son féminisme que celui des chiennes de garde qui sont sexistes et qui finalement desservent la femme.

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