Retrouver le bonheur sous les tilleuls

La deuxième saga familiale que j’ai lue après Quand la lumière décline ne se déroule pas très loin de l’Allemagne : en Alsace. Jean Egen, écrivain et journaliste français, né à Lautenbach, en Alsace, a connu le succès avec Les tilleuls de Lautenbach, une autobiographie dans laquelle il nous raconte la vie et le destin de sa famille, dans une région qui n’est plus allemande, mais qui n’est pas tout à fait française non plus.

L’histoire commence en 1931 par un repas de funérailles, celui de la grand-mère de Jean, véritable figure de la famille. Malgré le deuil, l’heure est à la fête, tout le monde rit, mange, boit… Car c’est aussi cela l’esprit alsacien décrit par Jean Egen : la bonne humeur, les bonheurs simples et le coeur chaud.

Le Rat de Librairie - Les tilleuls de Lautenbach - Jean Egen - 2013

Jean, dit le « Changala » (surnom alsacien), nous décrit une enfance heureuse avec des parents aimants et une grande famille très présente : oncles, tantes, cousins… Très jeune, il vit en Franche-Comté où il va vivre le mal du pays et découvrir qu’aux yeux de ses camarades de classe non-alsaciens, il n’est pas Français. La preuve : pour lui, les nouveaux-nés arrivent sur Terre grâce aux cigognes, alors que pour les petits « Français », ils naissent dans les choux. Cette nuance fera même éclater une bagarre dans l’école et le petit Changala sera régulièrement puni pour avoir fait « l’Alsacien ».

C’est alors une véritable quête d’identité dans laquelle se lance pour le jeune garçon. Il n’aime pas les Allemands qui, pour lui, sont comme des animaux, il adore les Français mais ces derniers le rejettent. Pourtant, au fil des pages, le Changala s’ouvre aux deux cultures, apprend à les faire cohabiter ensemble, à les aimer. Mais le coeur qui bat en lui est Alsacien. Tout en lui respire l’Alsace.

Les membres de sa famille, comme beaucoup de familles à cette époque, seront confrontés à un destin qu’ils n’imaginaient pas mais qu’au fond d’eux, ils pressentaient. L’Histoire est venu frapper à leur porte et a complètement chamboulé leurs vies. Il y a deux choses que l’Histoire n’a pas pris à la famille du Changala : l’amour familial et l’amour de l’Alsace.

Mis à part l’histoire et l’évolution de la famille de Jean Egen, ce qui m’a frappée dans ce livre est sa poésie. C’est une histoire toute simple, belle, que l’on découvre avec bonheur à travers les yeux d’un enfant qui apprend à vivre avec ses origines alsaciennes tout en essayant de s’ouvrir aux cultures allemandes et françaises, avec l’aide de sa famille et particulièrement de son père (pour le côté français) et de son oncle (pour le côté allemand).

Les tilleuls de Lautenbach est aussi un livre qui nous rappelle qu’il est facile de surmonter ou d’aider les enfants ou jeunes adultes à surmonter la peur, le refus de l’autre ou les préjugés grâce à l’apprentissage, l’éducation. Le Changala apprend à aimer les Allemands et découvre leur douceur et leur finesse grâce à la musique, la littérature et la poésie.

Je vous conseille fortement cette autobiographie, encore plus si vous aimez l’Alsace ou si vous avez envie de la découvrir. Chers Alsaciens et chères Alsaciennes, si vous n’avez jamais lu Les tilleuls de Lautenbach, il faut vous le procurer très vite !

 

 

Ce que dit la 4e de couv :

Jean l’Alsacien adore la France mais les Français l’ont parfois repoussé. Il n’aime guère les Allemands mais l’Allemagne l’a toujours attiré. Son grand-père Jean-Baptiste a combattu sous Mac-Mahon, son oncle Jules était poilu de Verdun, son oncle Louis portait le casque à point, son cousin Hubert est mort en blouson de maquisard, son cousin Pierre en uniforme de la Kriegsmarine, son cousin Camille en droguet de déporté, c’était comme ça dans cette sacrée province, on changeait constamment d’uniforme. Certes, il y avait aussi le costume régional que portent encore les serveurs de brasserie et les groupes folkloriques mais Jean le trouve beaucoup trop boutonné. Alors il a choisi la seule tenue qui ne cache rien : il se présente tout nu. Français du côté face, un peu teuton du côté pile et, pour ce qui est de l’âme ou de l’intérieur, cent pour cent alsacien. On peut même ajouter, puisque les temps y invitent, européen.

Car si l’histoire déferle sur la famille de Jean comme les vagues sur le rocher, le rocher demeure insubmersible et la famille n’attend pas que l’Histoire se calme pour retrouver le bonheurs sous les tilleuls. Dans ce livre qui commence dans la liesse d’un repas de funérailles, le malheur a beau rôder entre les lignes et parfois s’étaler en pleine page, c’est toujours la gaieté qui l’emporte. Il faut dire qu’elle sort naturellement du coeur de l’Alsacien.

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