Le combattant de la liberté

La nouvelle de la mort de Nelson Mandela en décembre a ému le monde entier. Tous les esprits se sont tournées vers l’Afrique du Sud, l’histoire du pays et de l’homme qui s’est battu, aux côtés de tant d’autres, pour libérer le peuple sud-africain. J’ai toujours voulu lire l’autobiographie de Mandela, celle qui a donné naissance au film sorti en fin d’année dernière, et l’actualité m’a poussée à le faire.

Au départ, j’avais peur de ne pas tout saisir. Les autobiographies et biographies de personnages politiques sont généralement complexes, encore plus lorsqu’elles concernent des pays que l’on connaît moins. Mais Nelson Mandela n’est pas un homme politique comme les autres. Il était avant tout un homme du peuple, un homme comme tout le monde, et il est resté un homme simple jusqu’au bout, malgré un destin hors du commun. Il n’a absolument rien à voir avec nos hommes politiques français même s’il est difficile de comparer : pas besoin de préciser les différences, l’histoire et la situation de notre pays n’a tout de même rien à voir avec celle de l’Afrique du Sud de l’avant Mandela.

wpid-IMG_20140312_131748_442-1.jpg

Dans Un long chemin vers la liberté, Nelson Mandela revient sur sa vie, son parcours, de sa naissance, le 18 juillet 1918 à Mvezo, jusqu’à son serment en tant que Président de la République d’Afrique du Sud le 10 mai 1994 à Pretoria. Tout le monde connaît Nelson Mandela et la lutte qui l’a animé tout au long de sa vie. Son autobiographie nous permet d’entrer un peu plus dans son « intimité » et de découvrir les coulisses de son combat. Elle nous permet également de découvrir des facettes de lui que nous connaissons un peu moins. Après avoir lu Un long chemin vers la liberté, il est difficile de décrire cet homme qui est à la fois simple, cultivé, éduqué mais accessible, un peu arrogant aussi (surtout lorsqu’il était jeune et il l’avoue lui-même).

Le principal, le Dr. Alexander Kerr, et les professeurs Jabavu et Matthews n’avaient cessé de nous répéter qu’en tant que diplômés de Fort Hare nous serions l’élite africaine. Je croyais que le monde serait à mes pieds.

Ce qui est certain, c’est que Mandela est un combattant qui a toujours fait passer les intérêts du peuple sud-africains, Blancs ET Noirs, avant les siens et ceux de sa famille. Ne pas avoir été suffisamment présent pour sa famille était son seul regret, un regret qui a une grande place dans son autobiographie. A plusieurs reprises, Nelson Mandela nous livre ses confidences sur la difficulté d’être un combattant de la liberté, un père de famille et un fils.

Je me demandais – une nouvelle fois – s’il était ou non justifié de négliger le bien-être de ma famille afin de lutter pour le bien-être des autres. Peut-il y avoir quelque chose de plus important que de veiller sur sa mère âgée ? La politique n’est-elle qu’un prétexte pour se dérober à ses responsabilités, une excuse pour notre incapacité à pourvoir aux besoins de quelqu’un comme on le voudrait ?

Plusieurs choses m’ont frappée et touchée dans ce livre :

  • Le respect : nous n’avons pas besoin d’un livre pour savoir que Mandela avait un profond respect pour l’homme mais le rappeler est une bonne chose. Mandela n’a jamais combattu contre les Blancs et les afrikaners, ni pour les Noirs seulement : il a combattu pour la liberté de tout les sud-africains, quelles que soient leur couleur, leurs origines et leur statut social. Lors du procès de la trahison à l’encontre d’une centaine de personnes accusées de haute trahison, majoritairement des membres de l’ANC (African National Congress), dont Nelson Mandela, ou du parti communiste sud-africain, Mandela dira du juge Rumpff qui a prononcé l’acquittement : Il y a une lueur de bonté en l’homme, qui peut être cachée ou enterrée, mais qui peut apparaître sans qu’on s’y attende. Rumpff avait, tout au long du procès, laissé penser qu’il partageait le point de vue des Blancs. C’est au cours de ces longues années solitaires que la faim de la liberté pour mon peuple est devenue faim de liberté pour tous, Blancs et Noirs. Je savais parfaitement que l’oppresseur doit être libéré tout comme l’oppressé. Un homme qui prive un autre homme de sa liberté est prisonnier de la haine, il est enfermé derrière les barreaux des préjugés et de l’étroitesse d’esprit. Je ne suis pas vraiment libre si je prive quelqu’un d’autre de sa liberté, tout comme je ne suis pas libre si l’on me prive de ma liberté. L’opprimé et l’oppresseur sont tous deux dépossédés de leur humanité.
  • L’optimisme : il en faut de l’optimisme pour se battre tout au long de sa vie pour une cause comme celle de la liberté. Mandela et ses partenaires de lutte n’ont jamais lâché. Toute leur vie a été guidée par leur combat et cela force l’admiration. Même lors de son emprisonnement à Robben Island, Mandela garda la foie, le sourire et la joie de vivre. Je suis fondamentalement optimiste. Je ne sais si cela vient de ma nature ou de ma culture. Etre optimiste c’est en partie avoir la tête dirigée vers le soleil et les pieds qui continuent à avancer. Il y eut beaucoup de moments sombres quand ma foi dans l’humanité était mise à rude épreuve, mais je ne voulais ni ne pouvais me laisser aller au désespoir. Cette voie mène à la défaite et à la mort. 
  • Les regrets : comme évoqué plus haut, prendre soin de sa famille, être un bon fils, un bon mari et un bon père, sont les choses qu’il a laissé de côté pour se concentrer sur son combat, ce qu’il a toujours regretté. Ils aimaient les hommes, tous. Il n’a pas aimé son peuple plus que sa famille, ou l’inverse, son combat était tout simplement plus fort. C’est une preuve que ces intérêts personnels étaient relégués au dernier plan. Mandela a perdu sa mère en 1968 lorsqu’il était à Robben Island. Il a appris son décès quelques semaines après l’avoir reçue en visite. Les difficultés et la pauvreté qu’avaient connues ma mère m’amenèrent à me demander une nouvelle fois si j’avais pris le bon chemin. Toujours la même question : avais-je bien choisi en plaçant le bien-être du peuple avant celui de ma propre famille ?
  • Le jardinage : oui je sais, vous vous demandez sûrement qu’est-ce que vient faire le jardinage ici ? Mandela a toujours aimé le jardinage mais sans vraiment avoir le temps de s’y consacrer. On ne peut pas combattre pour la liberté et jardiner, c’est évident. Il a redécouvert ce plaisir à Robben Island où, comme nous pouvons l’imaginer, le temps ne manquait pas. Il a demandé à avoir son jardin, ce qui lui a été accordé. Ce passage sur le jardinage est plutôt drôle et attendrissant : Mandela parlait de ses pieds de tomates lorsqu’il écrivait à sa femme et partageait sa récolte avec les gardiens. Le parallèle qu’il fait entre le jardinage et la politique est aussi frappant de vérité : Sous certains aspects, je voyais mon jardin comme une métaphore de ma vie. Un dirigeant doit aussi cultiver son jardin : lui aussi sème des graines, les surveille, les soigne et en récolte le produit. Comme un jardinier, un dirigeant politique est responsable de ce qu’il cultive ; il doit faire attention à son travail, il doit essayer de repousser les mauvaises herbes, garder ce qui peut l’être et éliminer ce qui ne peut réussir.

Outre son statut de combattant, puis de leader et de Président, Mandela était aussi un homme drôle. Les nombreuses photos qui existent de lui et de son sourire le prouve. J’avoue avoir ri à plusieurs reprises en lisant son autobiographie. J’ai aimé son humour, ses blagues, son auto-dérision.

A propos du 27 avril 1994, le jour des grandes élections sud-africaine, Mandela dira : Avant d’entrer dans le bureau de vote, un journaliste irrévérencieux m’a crié : « Mr. Mandela, pour qui allez-vous voter ? » J’ai ri. « Vous savez, lui ai-je répondu, j’y ai réfléchi avec angoisse toute la matinée. » J’ai fait une croix dans la case près des lettre ANC et glissé mon bulletin plié dans une simple caisse de bois ; j’avais voté pour la première fois de ma vie. Savoir qu’un homme politique et le futur Président de la République d’un pays ait voté pour la première fois à 76 ans est incroyable. Cela nous permet également de prendre conscience de la chance que nous avons de n’avoir jamais eu à nous battre pour ce droit et de l’importance du geste.

Un long chemin de la liberté n’est pas seulement l’autobiographie d’un des plus grands hommes que le monde ait connu. C’est également un magnifique livre d’initiation au respect, à la fraternité et à l’importance de la liberté. Selon moi, c’est un livre qui devrait être inscrit dans le programme scolaire pour permettre à tous les enfants et jeunes de connaître le prix de certaines libertés qui nous semblent aujourd’hui acquises. J’aimerais également que tous les français, hommes politiques inclus, lisent cette autobiographie. Elle nous permet de prendre du recul, de relativiser : il y aurait probablement moins de râleurs si tout le monde avait conscience de la chance que nous avons de vivre en France aujourd’hui. Pour les hommes politiques, ce livre est à mon sens indispensable pour se rendre compte de ce que l’on peut attendre d’un dirigeant et de sa capacité à se mettre à la place du peuple, à le comprendre.

Un livre à découvrir absolument, ce serait dommage de passer à côté !

J’ai appris que le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de la vaincre. Moi aussi, j’ai ressenti la peur plus que je ne peux m’en souvenir, mais je l’ai dissimulé derrière le masque de l’audace.

Ce que dit la 4e de couv :

Nelson Mandela commence la rédaction de ses souvenirs en 1974 au pénitencier de Robben Island et l’achève après sa libération, en 1990, à l’issue de 27 années de détention. Né et élevé dans la famille royale des Thembus, Mandela gagne Johannesburg où il ouvre le premier cabinet d’avocats noirs. Il devient un des leaders de l’ANC (Congrès national africain).

Dès lors, à travers la clandestinité, la lutte armée, la prison, sa vie se confond avec son combat pour la liberté, faisant de lui l’homme clef pour sortir l’Afrique du Sud de l’impasse où l’ont enfermée quarante ans d’apartheid. Un document majeur sur un des grands bouleversements politiques de la fin du XXe siècle.

Publicités

5 réflexions sur “Le combattant de la liberté

  1. Bonjour. Très bel article, tu m’as donné envie de me pencher un peu plus sur la vie de cet homme. C’est vrai que finalement, on en a toujours beaucoup parlé, mais sa vie en elle-même reste encore un épais mystère pour moi….. Sûrement plus pour très longtemps ! 😀

    • Bonsoir ! Si ma chronique te donne envie alors mission accomplie ! Oui on en a tellement parlé et en lisant le livre, j’ai apprécié le fait d’en découvrir encore. J’en redemande, un livre que je relirais c’est sûr 😉

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s