Pierre de lune ou pierre de malheur ?

Après la lecture de La Dame en blanc en fin d’année dernière, je me suis dit que je n’en resterais pas là avec William Wilkie Collins. Je suis littéralement tombée sous le charme de cet auteur qui rendait Dickens si jaloux. Et le mot « charme » est peut-être un peu faible tellement j’ai aimé La Dame en blanc et tellement j’admire le génie de cet homme. En début d’année, je déambulais dans les allées d’une librairie (jusque là rien d’extraordinaire) et j’ai vu La Pierre de lune. C’était le seul Wilkie Collins disponible en rayon, en plus de La Dame en blanc, je n’ai pas hésité et j’ai acheté le livre même sans avoir lu la quatrième de couverture.

Publié en 1868, La Pierre de lune est connu comme l’un des premiers romans policiers de langue anglaise et occupait notamment la 8e place au classement des cent meilleurs romans policiers de tous les temps en 1990 (Crime Writers Association). La construction est semblable à celle de La Dame en blanc, ces deux romans se rapprochent du roman épistolaire et rassemblent les récits de chacun des témoins des deux histoires. Chaque partie ayant donc sa propre structure narrative. C’est cette construction que j’ai aimée dans La Dame en blanc puis dans La Pierre de lune.

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L’histoire de La Pierre de lune démarre par le témoignage du cousin de Herncastle qui, en 1799 lors de la prise de Seringapatam en Inde, a volé la Pierre de lune, célèbre diamant jaune dont l’histoire est connue partout en Inde. Lorsque Herncastle vole le diamant, l’un des trois brahmanes chargés de veiller sur lui, déclare : « La Pierre de lune se vengera sur vous et sur tous les vôtres ». A sa mort, Herncastle lègue le diamant à sa nièce, miss Rachel Verinder, qui le reçoit le jour de son anniversaire, comme le stipule le testament. La prédiction du brahmane se réalise et sème le malheur sur la famille Verinder et les proches.

Le lendemain de ses 18 ans, Rachel n’a même pas le temps de profiter pleinement de son nouveau diamant : celui-ci a été volé durant la nuit. C’est alors que l’enquête démarre avec l’arrivée du Sergent Cuff, un policier renommé de Scotland Yard dont les méthodes sont un peu inhabituelles. Toutes les personnes présentes à l’anniversaire ou liées de près ou de loin à miss Verinder sont de potentiels coupables : miss Verinder elle-même, sa mère, Franklin Blake et Godfrey Ablewhite, ses cousins et soupirants, Rosanna Spearman, femme de chambre, miss Clack, la cousine de Rachel, M. Murthwaite, explorateur de l’Inde, Matthew Bruff, homme de loi, le docteur Candy et son assistant Ezra Jennings. Et pour compliquer le tout, trois mystérieux hindous rôdent dès le premier jour autour de la famille Verinder et autour des témoins de l’affaire. Enfin, il y a Gabriel Betteredge, intendant de la maison de lady Verinder, qui est, dès le départ,au-dessous de tout soupçon.

Les récits des témoins se succèdent : Gabriel Betteredge, miss Clack, Matthew Bruff et enfin, la narration de Franklin Blake, l’homme chargé de récupérer tous les témoignages pour tirer enfin l’affaire au clair et libérer sa chère cousine de cette histoire sinistre. Betteredge, homme de maison de lady Verinder, occupe un grande place dans le roman. Il est aussi le personnage le plus attachant et le plus haut en couleurs. Il est un grand fan de Robinson Crusoé, le livre est un refuge pour lui et il n’hésite pas à l’ouvrir à chaque fois qu’une question lui vient. Fait étrange : il y trouve une réponse à chaque fois ! Miss Clack quant à elle, est une femme jalouse, intéressée et frustrée, ce qui fait d’elle un témoin dont le récit est parfois très drôle.

J’ai pris un grand plaisir à lire La Pierre de lune, le même que celui qui j’ai eu avec La Dame en blanc. Cette deuxième lecture de Wilkie Collins est un peu moins glauque et triste que la première, l’auteur dénonce les vices de la société victorienne ce qui est toujours très drôle à lire, mais surtout, elle me conforte dans mon idée : Wilkie Collins était un écrivain incroyable. Ecrire est déjà admirable mais écrire un roman dans lequel chacune des parties à son propre style est encore plus impressionnant. Vous ajoutez l’intrigue et l’ambiance victorienne, et vous obtenez de grands romans.

William Wilkie Collins est, avec Jane Austen bien sûr, ma plus belle découverte de l’année 2013. L’avantage par rapport à Jane Austen est qu’il a écrit (et terminé) un grand nombre de romans. Mon histoire avec cet auteur n’est donc pas terminée !

Lu dans le cadre du Challenge Victorien 2013.

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Ce que dit la 4e de couv :

« La Pierre de Lune se vengera ! »

Mais que veut dire le Brahmane mourant qui lance cet anathème sur la famille Verinder ? Vous le saurez en pénétrant dans le monde à tiroirs de ce roman dont l’héroïne, Rachel, est une intrépide jeune fille de 18 ans. Il y sera question d’un diamant baptisé Pierre de Lune qui attise les convoitises et sème le malheur sur son passage et d’un policier de Scotland Yard, le Sergent Cuff, aux manies surprenants, qui aura pour mission de démêler l’écheveau serré d’une intrigue complexe comme Collins en a le secret. Au cours de l’enquête, vous croiserez aussi le très étrange Gabriel Betteredge et la non moins excentrique Miss Clack…

Le poète T.S. Eliot disait de ce roman qu’il était « le premier, le plus abondant et le meilleur de tout ce que l’Angleterre a produit en matière de roman d’énigme ». Il est sans conteste l’un des chefs-d’oeuvre de Wilkie Collins, le pionnier victorien du roman à suspense.

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9 réflexions sur “Pierre de lune ou pierre de malheur ?

  1. C’est un auteur que j’aimerai bien lire car j’en entend beaucoup de bien et puis il a une place tellement importante dans la littérature anglaise comme tu le soulignes dans ton article. La Dame Blanche m’attire vraiment. Celui ci, je ne le connaissais pas. Merci pour la découverte il semble moins triste que le premier. A voir alors ^^

  2. j’adore Wilkie Collins depuis des annees et j’ai toujours pense qu’il etait superieur a Dickens! je suis contente de ne pas etre la seule 😉
    par contre, ils ont ecrit un roman a 4 mains tous les 2… mais je n’ai pas ma bibliotheque sous la main, et le titre m’echappe… je pense que Google pourra te renseigner… C’etait etrange entre eux: amitie et jalousie a la fois… en meme temps, ils etaient rivaux, donc ce n’est pas etonnant !

  3. Coucou. Intéressant. J’avais lu du même auteur « Profondeurs glacées » sur l’histoire d’un équipage de bateau prisonnier des glaces… Le style très classique et historiquement marqué ne m’avais pas laissé un souvenir inoubliable mais se replonger dans un style classique est sympa de temps en temps. Je me suis surprise le mois dernier à relire « La pêcheuse d’âmes » de Sacher Masoch, avec costumes flamboyants, traversées de la steppe en traîneau et tout le tintouin 🙂

    • Je ne connais pas du tout Sacher Masoch. Encore un nom à découvrir 😉 il y en a tellement ! Comme tu le dis si bien, c’est bien de se plonger dans un autre univers et surtout le classique. Il faut savoir alterner !

      • Sacher Masoch est surtout connu pour « La venus à la fourrure » et parce que son nom désigne un fétichisme pour la douleur (et oui le masochisme!) mais dans son contexte historique c’est un conteur « romantique », « lyrique », « flamboyant »… Dans la Pêcheuse d’âmes il est question d’une secte et des tourments de l’amour mêlé au mysticisme poussé jusqu’au crime… Avec plein de scènes ultra romantico pouet pouet car ce qui pouvait être follement « érotique » à l’époque par des sous entendus de frôlement d’étoffe est follement fleur bleu aujourd’hui :)))

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