Les superflus au service des utiles

Les blogs littéraires sont remplis de belles surprises et de belles découvertes. Ma dernière en date est L’Unité de Ninni Holmqvist, auteure suédoise, un roman que j’ai eu envie de découvrir grâce à la chronique de La tête dans les livres. Publié en 2006, L’Unité est une dystopie comme 1984 d’Orwell qui est l’une des références du genre. Holmqvist nour plonge dans une société à la recherche de productivité et de croissance. La solution ? Séparer le peuple en deux catégories : les « utiles » et les « superflus ». L’héroïne du livre, Dorrit, rentre dans la seconde catégorie : elle a 50 ans, est célibataire et sans enfant, elle n’est pas utile à la société.

Lorsqu’ils atteignent les 50 ans, tous les superflus disparaissent littéralement et sont transférés à l’Unité où plus rien ne leur appartient, même pas leur corps, et où ils se rendront utiles d’une autre manière. L’Unité est un complexe contenant appartements, salles de sport, boutiques, bref tout pour permettre aux « superflus » de vivre en paix, le tout complètement isolé et hermétique (il n’y a aucune ouverture vers le monde extérieur). Si j’ai mentionné 1984 en début de chronique, c’est parce que les deux livres n’ont pas seulement le genre en commun. En effet, dans L’Unité, même s’il n’est jamais question d’un Big Brother, les « superflus » sont surveillés jours et nuits au moyen de caméras. On oublie cet aspect-là au fil de la lecture mais les premières références aux caméras font peur : non seulement, les personnes se savent inutiles et sont rejetées, mais en plus elles sont surveillées. Ce huis-clos cynique avec une pointe de Big Brother est oppressant mais captivant.

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Selon moi, l’aspect le plus intéressant du livre est cette critique subtile mais violente de la société, quel que soit le pays où nous vivons. Parce que ces personnes sont célibataires et n’ont pas d’enfants, elles sont en marge de la société dans laquelle elles vivent et où elles ont, pour la plupart, toujours vécu. Peu importe leur travail, ce pourquoi elles se lèvent le matin et leur « contribution », elles ne rentrent pas dans le moule. Et ce moule est omniprésent. Je m’approche de la trentaine et, comme beaucoup de mes amis(es), les premières questions qui viennent à l’esprit de certaines personnes lorsqu’elles prennent des nouvelles sont : alors mariée ? Et les enfants ? Je ne dis pas que je suis complètement hermétique à ces deux idées mais il y a comme une pression qui s’exerce inconsciemment sur nous tous. Et ceux (même si ce sont plus souvent des femmes) qui sont mariés ou ont des enfants, ont souvent ce regard plein de pitié ou ils vous exposent les nombreux avantages d’être marié ou parent, comme si vous étiez en face d’un commercial à qui vous voudriez acheter une voiture, comme si nous avions besoin d’être convaincus. Lorsque je suis dans cette situation, je me mets à la place des gens qui ne souhaitent ni se marier, ni avoir des enfants. Se sentent-ils exclus ? Ou au contraire plus forts ? Je pencherais plutôt pour la première.

J’ai beaucoup pensé à ces gens lorsque j’ai lu L’Unité. Beaucoup de personnes n’arrivent pas à sortir du moule et à imaginer qu’il puisse exister une autre manière de vivre ou de penser. Ces gens-là seraient-ils capables de penser, même inconsciemment, que les célibataires ne servent à rien ? Qu’ils devraient plutôt vendre âme et corps aux « utiles » ?

Le roman de Ninni Holmqvist est captivant et très bien écrit. Le personnage de Dorrit, et ceux qui l’entourent, sont attachants. Nous avons envie de les sauver, qu’ils prennent le pouvoir et il y a un léger suspense qui s’installe au fil des pages. J’ai récemment conseillé ce livre à une amie (elle se reconnaîtra et j’espère qu’elle l’appréciera !) et je vais continuer à le conseiller. Alors si vous êtes en panne d’inspiration pour votre prochaine lecture, courrez acheter L’Unité. Bonne lecture !

Ce que dit la 4e de couv :

Parce qu’elle vient d’avoir 50 ans et qu’elle est célibataire, Dorrit est devenue « superflue » et, à ce titre, doit rejoindre l’Unité. Un appartement lumineux et confortable, agrémenté de micros et de caméras de surveillance, lui a été réservé. Un écran de télévision, mais pas de téléphone ni Internet pour communiquer avec l’extérieur… En plus d’être logés, les résidents sont nourris, bénéficient de soins médicaux et peuvent consacrer leur temps au loisir de leur choix. Les nouveaux arrivants sont chaleureusement accueillis… avant d’être affectés à des groupes d’expérimentations médicales humaines. Le corps de Dorrit ne lui appartient plus : à chaque instant on peut lui prélever un organe au bénéfice de ceux qui vivent à l’extérieur et qui sont encore « utiles ».

Tout est prévu dans le moindre détail. Sauf une rencontre qui va tout changer.

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4 réflexions sur “Les superflus au service des utiles

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