La boîte à outils de l’écrivain selon le King

Je profite d’une pause entre les nombreux préparatifs de Noël pour vous présenter l’un des mes récents coups de cœur : Ecriture, Mémoires d’un métier de Stephen King. A la fois essai et autobiographie, ce livre a été publié en 2000, Stephen King l’ayant démarré avant son accident de la route en 1999. La première et dernière partie du livre sont autobiographiques, la seconde est une « Boîte à outils » pour écrivains en herbe dans laquelle King livre ses conseils sur l’écriture.

Ecriture_Stephen King_Le Rat de Librairie_2014

Intitulée « CV », la première partie est un récit autobiographique de King, de sa naissance à la publication de son premier roman, Carrie, en 1974. Nous en apprenons un peu plus sur son enfance, les bêtises dans lesquelles son frère l’embarquait, la relation qu’il avait avec sa mère, ses premières expériences en tant qu’écrivain, ses déboires avec les professeurs et directeurs de ses écoles (peu enclins à accepter l’imagination débordante du jeune fan de monstres et de sang) et les raisons pour lesquelles il est devenu écrivain. Sans surprise, nous suivons, durant quelques pages, un King adolescent prêt à marcher longtemps pour aller au cinéma voir des films d’horreur.

C’est dans la seconde partie, appelée « Boîte à outils », que l’on rentre dans le vif du sujet : l’écriture. Stephen King y livre ses conseils pour les jeunes écrivains (ou expérimentés) basés sur sa propre expérience, ce qu’il apprécie en tant que lecteur et ce qu’il n’apprécie pas. Selon lui, et je pense que beaucoup approuveront, un écrivain n’existe pas sans lecture. Ce qu’il dit à ce sujet est très juste : « N’y allons pas par quatre chemins : si vous n’avez pas le temps de lire, vous n’avez pas celui d’écrire, ni les instruments pour le faire. C’est aussi simple que ça. » Cela paraît évident mais je suis certaine qu’il y a encore aujourd’hui des auteurs ou personnes qui se lancent dans l’écriture sans être des lecteurs assidus. Il me semble impossible d’écrire sans lire. Tout d’abord, pour la maîtrise de la langue, mais surtout, et comme le dit à plusieurs reprises King, pour l’expérience : comment écrire un livre qui se lira sans connaître l’attitude et l’envie d’un lecteur ? L’expérience du lecteur nourrit celle de l’auteur.

« Les acheteurs de livres ne sont pas attirés, dans l’ensemble, par les mérites littéraires d’un roman ; ils désirent avant tout une bonne histoire à dévorer dans l’avion, une histoire qui les fascinera au point qu’ils auront envie de tourner chaque page jusqu’à la dernière. »

En plus de la lecture, King prône la discipline. Lui-même écrit le matin, tous les jours sans exception, et rédige 10 pages par jour, soit 2 000 mots. Tant que les 10 pages ne sont pas atteintes, il ne sort pas de son bureau. Dans les bons jours, il sort vers 11h30 et dans les mauvais, à l’heure du thé. Il avoue en toute modestie être moins prolifique aujourd’hui qu’au début de sa carrière.

« Si je n’écris pas tous les jours, les personnages commencent à se rassir dans mon esprit : ils se mettent à avoir l’air de personnages et non plus de vraies personnes. Le tranchant narratif se rouille, je perds peu à peu mon emprise sur l’intrigue et le rythme de l’histoire. Pis que tout, l’excitation que je ressens à dévider quelque chose de nouveau commence à retomber. »

Tous les conseils de King sont illustrés par des exemples : des écrits, son expérience ou celle d’autres écrivains comme Anthony Trollope ou John Grisham. En aucun cas il prétend détenir la vérité sur l’écriture, qui n’est pas une science exacte, mais il donne des conseils qui sont de l’ordre pratique et souvent évidents. Comme dit plus haut, il est évident que l’on ne peut écrire sans lire et, je suis d’accord avec lui, écrire demande une certaine discipline. Je ne suis pas écrivain mais je le vois avec l’animation d’un blog : plus on écrit et plus on a envie d’écrire ; si on lâche, l’acte d’écrire nous attire moins. Finalement, on peut dire que la discipline est valable pour tout, pas seulement pour l’écriture.

Ecriture, Mémoires d’un métier est un livre fascinant qui nous permet de rentrer dans la tête d’un monstre de l’écriture. Vous savez déjà que j’admire énormément Stephen King mais cela ne fait jamais de mal de le rappeler : il est l’un des meilleurs écrivains de ces 50 dernières années. Pendant plus de 300 pages, nous sommes proches de lui, comme si nous étions en train de parler de l’écriture et de sa vie autour d’un thé, dans son bureau ou au café du coin. Que l’on soit écrivain ou non, que l’on souhaite le devenir ou non, que l’on aime Stephen King ou non, ce livre est un moyen extraordinaire d’être, pendant quelques jours, intime avec un auteur. Il nous expose les circonstances dans lesquelles ses plus grands livres ont été écrits, Misery, Carrie ou encore Shining, ce qu’il en pense, les facilités et difficultés qu’il a pu rencontrer. Il se livre sur sa descente aux enfers et son alcoolisme sans aucune pudeur, sur son accident, sa convalescence et sur la vie de manière générale.

Tout au long du livre, il prône la franchise, une qualité indispensable, selon lui, à tout écrivain. Cette qualité ressort dans cet essai : le lecteur voit de suite que le livre qu’il a entre les mains a été rédigé en toute honnêteté, sans tricherie. Les écrits de King sont fidèles à ce qu’il est et à ce qu’il prône, c’est pourquoi l’on peut dire que c’est un grand écrivain.

Enfin, Ecriture, Mémoires d’un métier est drôle. La franchise du maître de l’horreur y est pour quelque chose : il écrit comme il parle. Il n’enrobe pas, ne s’encombre pas de mots savants ou inutiles, et comme il a beaucoup d’humour, certains passages m’ont beaucoup fait rire. Extrait : « Je ne suis pas particulièrement friand des textes qui décrivent les caractéristiques physiques des personnages jusque dans les moindres détails, ni la manière dont ils sont habillés (l’inventaire des gardes-robes est quelque chose qui a le don de me taper sur les nerfs ; si j’ai envie d’une description de fringues, autant me procurer un catalogue de vente par correspondance. »

Que vous aimiez ou non Stephen King, si vous vous intéressez à l’écriture ou si vous êtes tout simplement des fans de lecture, je vous conseille ce livre. Il est l’un de mes coups de cœur de cette année et une nouvelle preuve que King est un auteur formidable avec qui j’aimerais passer de longues heures à parler littérature ou tout simplement de la vie.

Ce que dit la 4e de couv :

Quand Stephen King se décide à écrire sur son métier et sur sa vie, un brutal accident de la route met en péril l’un et l’autre. Durant sa convalescence, le romancier découvre les liens toujours plus forts entre l’écriture et la vie. Résultat : ce livre hors norme et génial, tout à la fois essai sur la création littéraire et récit autobiographique. Mais plus encore révélation de cette alchimie qu’est l’inspiration. Stephen King montre qu’il est bien plus qu’un maître du thriller : un immense écrivain.

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7 réflexions sur “La boîte à outils de l’écrivain selon le King

  1. Très intéressant article, mais là où je suis (modestement) en désaccord avec S.King, c’est que j »attache une petite importance à l’habillement de mes personnages. Leur préférence pour certains vêtements traduit un petit coin de leur personnalité. Peut-on concevoir Sherlock Holmes sans sa pipe (OK, ce n’est pas un vêtement), et son « Deerstrocker »…?
    Amicalement.
    H.A.

    • Bonjour ! Je suis d’accord ! En fait je pense que King fait référence à celles er ceux qui écrivent sur les vêtements pendant des pages et des pages. Tout dépend si c’est bien écrit ou pas. Dans les romans victoriens, ces descriptions sont importantes ou dans American Psycho aussi par exemple.

    • Ceci est un article de blog et non une publicité. Je pense être libre de parler des auteurs que j’aime non ? Ce n’est pas en publiant des commentaires comme ça que vous me donnerez envie de découvrir votre travail…

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